Libération
La Teta asustada est tout d’abord une fable dramatique sur la mémoire d’un pays, le Pérou, un film aux accents de réalisme poétique, une approche esthétique fréquente dans le cinéma produit en Amérique du sud. Les thèmes sont très près de la culture métissée du continent et un regard est porté sur la mémoire du Pérou qui a vécu son lot de difficultés, particulièrement avec la période d’instabilité en lien avec les combattants maoïstes du sentier lumineux. On parcourt le film à travers le portrait d’un milieu rural pauvre où on découvre le racisme et les injustices commises à l’égard des communautés autochtones. Les dessous de l’histoire nous apparaissent bien politiques mais ils sont surtout culturels.
Le personnage de Fausta vit avec des superstitions qui l’empêchent d’évoluer et d’être heureuse. À l’origine du mal, il y a sa mère, récemment morte. Autour de ce microcosme familial, il y a le peuple qui tente d’exister et de survivre. Le film aurait pu raconter ces difficultés sur un mode narratif avec une propension à la description, il invite plutôt le spectateur dans une virée où les symboles et les rituels sont le moteur du récit. La présence de la mort et les cérémonies de mariage ont une place importante. L’importance de la terre nourricière et des chants pour la culture quechua est aussi marquée.
Outre ces éléments, qui en font déjà un film qui affiche son authenticité, on découvre une mise en scène maîtrisée, tout en retenue, où les effets flamboyants sont mis de côté pour laisser place à la présence de l’actrice principale et à la poésie des rites villageois. On reconnaîtra de fortes compositions visuelles, dans des plans plus souvent fixes, marquées par des textures (murs décrépis, tissus, nature) et des couleurs lumineuses qui chargent magnifiquement l’esthétique du film.
Enfin, cette oeuvre offre un regard de cinéaste féminin sensible et tout en finesse sur son pays, un pays qui a vécu son lot de difficultés et qu’elle semble vouloir libérer de la lourdeur de son passé. Au final, c’est un travail qui mérite le détour pour ses qualités esthétiques, la performance de l’actrice principale et l’expérience de découvrir une partie de l’esprit péruvien. |