Dripping*
Chers cinéphiles de nos lundis d’automne,
Voici quelques mots projetés en guise de présentation de ce film de Xavier Dolan.
C’était la saison des « Blockbusters » et de la comédie québécoise, en juin dernier, lorsque le film J’ai tué ma mère est sorti au Québec, soufflé par le vent cannois. Sans revenir sur l’âge de son auteur et sur les raisons du battage médiatique qui a précédé et suivi son lancement, il peut être important de souligner que c’est un premier film et que les journalistes peuvent avoir raison de s’attarder sur un phénomène tel que celui-ci.
Oui, on pourra dire que le film possède certaines maladresses que l’on observe régulièrement pour une première œuvre, comme celles de vouloir en faire trop ou encore de citer un nombre important de cinéastes appréciés par le réalisateur. Mais, il possède davantage des qualités que l’on devrait retrouver plus souvent dans les films tournés aujourd’hui, particulièrement au Québec : une véritable envie de cinéma et un désir de s’exprimer fortement à travers un art qui n’a pas toujours à être au service de l’histoire, mais qui peut aussi être l’inverse. Il y a de la fougue dans le regard de ce cinéaste esthète. Le récit présente bien de nombreuses scènes fortes où la parole est exprimée violemment vers une mère qui représente tout ce qu’il y a de plus mauvais goût et de kitsch pour le jeune adulte mais, ce qui retiendra surtout l’attention, c’est cette façon de filmer le désarroi du héros en explorant, de manière fringante, les possibilités du langage propre au cinéma. Le jeune réalisateur nous propose de voir et d’entendre différents tableaux où, par exemple, les cadrages sont parfois en déséquilibre, la musique en contrepoint, un ralenti à l’image devient tout d’un coup envoûtant.
L’énergie dégagée par les pulsions créatrices du héros, et cinéaste, dans un monde où il cherche à exister, ne pouvait s’exprimer aussi justement que par un travail aussi sensible et hétéroclite. Le passage du film qui présente le personnage central avec son amant, lors d’une séance où ils peignent un tableau abstrait par la technique du dripping, symbolise bien ce que veut communiquer le cinéaste. C’est un peu brutal, mais aussi excessif et coloré.
Il serait peut-être un peu rapide de qualifier Xavier Dolan de génie. Laissons-lui le temps de faire quelques films et le temps de faire son œuvre… mais, ayons tout de même l’audace d’affirmer que ce qui sera vu lundi soir au Ciné-club est l’œuvre d’un cinéaste à la personnalité forte, audacieuse, dont le talent nous apparaitra comme une véritable révélation.
*Technique consistant à enduire un pinceau de peinture et à la projeter sur une toile.
Rencontre-causerie avec invité(s)à confirmer après la projection |