Épure
Steve McQueen a finalement réalisé son premier film. Celui qui avait déjà exploré plusieurs formes audiovisuelles en tant qu’artiste plasticien (vidéo d’art, vidéoclip, installation, photographie) a donc créé une œuvre cinématographique radicale bâtie sur un événement important de la récente histoire de l’Irlande et de l’Angleterre. Ce qui frappe ici, ce n’est plus le sujet comme tel, la grève de la faim de Bobby Sands ou les actions de l’IRA déjà vues à travers la caméra de nombreux cinéastes, mais l’esthétique et la représentation de l’être humain dans sa résistance. L’histoire de cette grève de la faim n’est pas relatée dans ses détails et ne présente pas tous les acteurs des événements historiques (on est sous l’ère Tatcher). On pardonnera ce choix pour se pencher sur le cinéma…
Ça donne un film où chaque plan est posé et réfléchi longuement. Rapidement, le procédé apparaît au spectateur. Les cadres sont méticuleusement composés tels des tableaux photographiques. La direction artistique est portée par le dénuement: costumes sobres, minimum d’accessoires nécessaires, couleurs des décors désaturées. Le jeu est principalement physique, seule une scène possède un dialogue important. Cette dernière détonne avec l’ensemble d’ailleurs puisqu’elle a été tournée en un seul plan de 22 minutes!
Pour un non-initié à la question esthétique du cinéma, le film possède le pouvoir de faire prendre conscience de cet aspect fondamental. Le spectateur ressort avec l’impression d’avoir été sous l’effet d’une œuvre d’art visuel, en mouvement, et provoquant une forte émotion dramatique. Que le film ne traite pas de front les fondements historiques de ce qui nous est présenté ne peut que nous inciter à poursuivre notre réflexion sur l’impact des convictions et ce que ce conflit a d’implacable sur l’être humain. Puissant et troublant. |