Histoire
Difficile de ne pas inscrire un dernier film de Woody Allen à la programmation du Ciné-club. C’est que ses films, même lorsqu’ils donnent peu à voir, offrent toujours quelque chose de sympathique. Le personnage a fait ses preuves et au fil des ans, il a su se renouveler, en mettant de côté quelques tics et en quittant son New York fétiche.
Après l’Angleterre et l’Espagne, c’est au tour de la France (juste avant Rome où le réalisateur est actuellement en tournage) de devenir le cadre de l’action du dernier film de Woody Allen. On peut dire qu’il était presque temps puisque les Français ont été particulièrement fidèles, année après année, aux films du célèbre cinéaste/personnage américain. Ce n’est pas un secret, et le rappeler est toujours nécessaire, ses compatriotes États-Uniens ne répondent pas en masse à l’appel de son cinéma intello comique tourmenté (parfois aussi psychosocial et dramatique), contrairement au public européen. Pourtant, ses derniers films ne possèdent plus cette même veine élitiste qui fait fuir ses compatriotes comme on pouvait l’observer dans ses œuvres des années 70 et 80. Non pas qu’il ait vendu son âme pour un cinéma plus commercial, mais le Woody des années deux mille offre des récits dont les références sont beaucoup moins pointues et le parcours moins ardu. D’ailleurs, il est intéressant de noter que Minuit à Paris s’avère son plus gros succès au box-office américain.
Woody Allen a commencé sa carrière en pastichant des œuvres littéraires ou des genres cinématographiques et en invitant le public à interpréter les références utilisées dans ses films. Pendant plus de quarante ans, ces clins d’œil à des créations ou à des personnages qui œuvrent dans des milieux artistiques deviendront une sorte de leitmotiv. Avec Minuit à Paris, il demeure en quelque sorte constant en faisant de la récupération de grandes figures qui ont marqué l’histoire littéraire et picturale du début du vingtième siècle. Le spectateur sera amusé de retrouver des représentations fantaisistes de Dali, Hemingway ou Picasso dans ce film. Il y a évidemment une forme d’hommage à ces grands créateurs, mais aussi un angle ludique à cette appropriation qui permet à tous les publics de trouver son compte tout en fixant un cadre socio historique intéressant. On rigolera d’observer les relations entre ces personnalités imaginées par Woody Allen (Adrian Brody qui incarne un Dali un peu fou est particulièrement jouissif) à travers le regard de son nouvel alter ego, Owen Wilson, jouant le rôle d’un écrivain qui vit des difficultés dans sa relation amoureuse et dans son travail de créateur…
On ne sera donc pas trop dépaysé par le choix des thèmes, ni surpris de voir le procédé cinématographique (le personnage central fantasme à l’idée de se retrouver dans les Années folles, à Paris; ce qui se produit le soir à minuit…). On a reproché à ce dernier film de Woody Allen de tomber dans une formule facile, des clins d’œil qui n’offrent rien de plus qu’une forme de cabotinage; il y a là, pourtant, quelque chose de jouissif à observer l’auteur construire cet univers fantaisiste particulier, avec une certaine « simplicité », avouons-le, mais avec cette légèreté cérébrale qui donne à l’œuvre du cinéaste quelque chose de reconnaissable. La critique n’aurait possiblement pas accepté ce type de proposition si elle avait été amenée par un nouveau venu dans le milieu du septième art.
Les amateurs du trublion à grosses lunettes ne seront donc pas déçus par ce quarantième film de Woody Allen, auteur important dans l’histoire du cinéma. Le grand public non plus. Le film est très accessible, léger et amusant, tout en ayant une sorte de simplicité intelligente et une fantaisie qui n’a rien de cucul...