(S’)élever
En général, il y a deux types de films qui nous proviennent de la Corée du Sud, le film d’action plutôt violent, qui surprend parfois par son audace et son originalité, et le film qui transcende le quotidien, construit tout en nuance et en subtilité. Évidemment pour notre soirée de ciné-club, Le poème fait partie du deuxième groupe et fera le bonheur des cinéphiles qui ont le goût de se laisser transporter par un récit lent comme un souffle, qui nous transporte vers des sensations froides et douces à la fois.
Le film a un point de départ tragique (une mort, l’Alzheimer) et se développe sur un mode paradoxalement léger, moins dans le ton que dans la manière d’être présenté. Il est question d’une sorte de joute sur la quête de sens. Comme une partie de badminton, une image présente dans le film, le récit nous amène à observer les échanges entre deux personnages, une grand-mère et le petit-fils qu’elle élève, qui représentent deux systèmes de valeurs dans la Corée moderne. La dame vit dans la solitude malgré le fait qu’elle partage sa vie avec l’adolescent qui, dans son univers propre, a peu de choses à communiquer avec son aïeule. Il y a alternance aussi entre les moments sombres et d’autres plus lumineux.
Le poème est filmé de manière extrêmement subtile et la poésie, qui en est l’objet principal, est une finalité pour le personnage. Elle apporte un baume sur les tourments et procure un filtre qui fait détourner le regard pour l’emplir de beauté lorsque la dame se retrouve confrontée aux choses les plus horribles. Au début du film, la protagoniste poursuit une existence simple. Après s’être engagée à saisir ce qu’est la poésie, elle devient en quête d’inspiration pouvant lui permettre d’exprimer, avec justesse, un monde de sensations. Cela est traduit avec une grande finesse. Le film nous invite à suivre le personnage avec une certaine distance et évoque des moments de grâce.
Le film a été réalisé par un écrivain important dans son pays et son écriture s’en ressent. Il sait insuffler l’âme qu’il faut à un scénario très bien construit. Son sens aigu de la construction des personnages est remarquable. L’actrice principale, une vedette du cinéma coréen, est tout à fait magnifique dans son jeu, entre la fragilité et la grâce portée.
C’est un film qui clôt plutôt bien notre saison en nous procurant une expérience de cinéma qui nous amène ailleurs et, surtout, à l’essentiel des choses. Car parfois, sous l’emprise des difficultés de la vie et d’un monde qui nous paraît dénué de sens, ça fait du bien de s’élever.
- David Lamontagne