Selon une estimation de l’UNICEF, il y aurait plus de 250 000 enfants-soldats. C’est un nombre difficile à comptabiliser puisqu’en plus d’être silencieuses (d’où le titre du film…), ces existences sont invisibles. Un certain général Dallaire a écrit un livre-choc sur le sujet (voir le lien ci-haut pour visiter son site). Difficile de ne pas être sensible à cette question. Comme plusieurs autres pays d’Europe, la Hollande est un des pays colonisateurs de l’Afrique. Le cinéaste néerlandais Jean van de Velde, qui est né en Afrique, s’est donc senti concerné. Il s’est fait un devoir de faire un film traitant principalement de la réalité des enfants-soldats, mais aussi, par la bande, de cette mainmise économique dont, la question de la vente d’armes aux groupes armés et la colonisation qui semble, d’une certaine façon, perdurer…
Après quelques trop rares films qui se situent en Afrique (Un Dimanche à la piscine à Kigali, Hotel Rwanda, La Constance du jardinier), voici maintenant L’armée silencieuse, un film juste et justifié, mais tout sauf subtil... bien qu’on ne puisse lui reprocher. Une fois de temps à autre, pour passer le message au plus grand nombre de personnes, ça peut être nécessaire. Cette œuvre, qui ne cherche pas à jouer dans la finesse, est avant tout un cri d’alarme voulant faire comprendre cette réalité. Ce n’est donc pas le genre de film qui nourrira la sensibilité cinéphilique, mais plutôt une démonstration implacable des ravages de ces guerres qui engagent des enfants dans certaines régions de l’Afrique. Ces guerres qui, trop souvent, se font dans la plus totale indifférence (et même parfois avec la collaboration) des pays du nord.
Même si le récit n’est pas situé géographiquement sur le continent noir, le réalisateur a choisi l’Ouganda pour son tournage, pays dont on soupçonne justement l’embrigadement d’enfants dans les armées rebelles. II est intéressant de savoir que pour réussir à obtenir le financement nécessaire à un film qui demande certains moyens, le réalisateur a fait le choix d’une superstar de la musique hollandaise, Marco Borsato, déjà sensible à la cause, pour jouer le personnage principal.
Formellement, le film est très classique, pas d’excès dans les scènes d’action, le réalisateur ayant choisi de faire une grande place à l’humain et à l’aspect psychologique des traumatismes causés à ces enfants. La caméra se concentre donc autour des personnages du père et du fils dans leur quotidien puis dans leur quête pour retrouver Abu, le meilleur ami du fils, embrigadé par l’armée rebelle. Quelques plans larges, très beaux, rappellent que le film a bel et bien été tourné en Afrique plutôt que dans une jungle quelconque.
L'armée silencieuse est un de ces films nécessaires, œuvre dénonciatrice dont la valeur se trouve surtout dans le contenu qui, dessiné à gros traits, réussit à faire le tour de la question. Ce film s’adresse à tous les publics. La proposition et le sens sont des plus évidents : pour le réalisateur une partie de la solution se trouve encore dans les pays riches. Avis aux cœurs sensibles… |