Fantastique
Au cinéma, le sujet du deuil se manifeste souvent par une plongée dans les abîmes de l’âme. Les personnages évoluent avec une bonne couche de pathos et c’est nettement l’aspect psychologique des personnages qui domine. Le deuil est un thème privilégié pour aller dans le mélodrame ou encore pour terminer un film dramatiquement. Julie Bertuccelli a choisi un parcours différent et une formule originale pour communiquer ces états douloureux.
L’abattement de l’arbre, événement vécu par la famille dès le début du film, est une scène intense. Elle laisse place à l’exposition du drame, mais ce qui domine surtout, c’est la force de vivre qu’incarne le personnage de la petite Simone. Au lieu d’être complètement absorbée par le désespoir, elle est celle qui insuffle le courage à sa famille pour combattre l’épreuve et accéder à des jours plus lumineux. Dans ce film, l’imaginaire devient le premier vecteur pour souder la famille et les amener vers la possible reconstruction de leurs existences. L’observation de la psychologie des personnages est reléguée au second plan, chose inhabituelle dans ce genre de film. La cinéaste a plutôt choisi de décrire les sensations par le travail de l’image. Comme si la cosmogonie, telle que vécue par les aborigènes d’Australie, venait interférer avec l’interprétation que la cinéaste avait envie de donner à ces moments déchirants.
Dans L’Arbre, l’imaginaire est au premier plan. L’arbre est l’endroit où se réfugient les personnages. La cinéaste utilise également l’arbre pour défier la question du vraisemblable au cinéma. À certains moments, le film flirte avec le fantastique et donne encore plus de pouvoir au propos. L’arbre devient un personnage à part entière et il est filmé comme tel, anthropomorphisé. La symbolique autour de celui-ci devient centrale et les nombreuses scènes où il apparaît nous présentent sa puissance, sa grandeur, son caractère protecteur, ses faiblesses et ce qu’il peut cacher de maléfique.
L’ancrage physique choisi, rarement exploité dans les films populaires, ajoute à cette magie. Les grands espaces australiens sont filmés avec force et magnificence. On sent l’impact de la nature et cette relation interdépendante que l’homme doit entretenir avec elle. L’ensemble donne lieu à des images magnifiques, un autre poème visuel qui rappelle que le cinéma a la capacité de transformer un récit écrit (le scénario étant une adaptation) en quelque chose de proprement… cinématographique.
L’Arbre est un film rare et même s’il est peut-être un peu hermétique, cet aspect lui donne toute sa force et sa cohérence. L’Arbre est le type d’expérience qui charge le spectateur d’une belle gamme d’émotions, qui touche autant le cœur que l’esprit par le plaisir esthétique qu’il procure. Une belle fable fantastique.
- David Lamontagne