Fiction
Que la vie est étrange et absurde parfois... C’est dans un tel univers, un quotidien à la fois étrange et connu, que nous plonge ce deuxième long-métrage du cinéaste québécois Stéphane Lafleur. Le film présente le vécu reconnaissable de tant de nos concitoyens, traduit ici de manière fort imaginative.
Dès les premières images de ce film, qui oscille entre malaise et humour, le cinéaste nous invite à sonder les fondations de nos maisons à l’aide d’un bruyant détecteur de métaux. Une atmosphère est ainsi créée. Le spectateur sensible et attentif percevra et découvrira tout un univers de sons particuliers et d’images cadrées de manière créative, ce qui fait de cette expérience de cinéma quelque chose qui va au-delà d’un simple récit filmé (cela peut encore être nécessaire de le rappeler). Les éléments de décor et les costumes qui viennent dessiner chacun des cadres sont très intéressants. Une curieuse musique est utilisée dans les atmosphères de science-fiction et celles des soirées (branchées) de musique techno. Le travail de la direction photo de Sara Mishara, maitrisé encore une fois, résulte sur la création d’une variété de « climats » fascinants pour chacune des scènes. Il faut souligner aussi le travail d’acteur de Francis Lahaye et de Fanny Malette qui usent de retenue, donnant ainsi beaucoup de puissance et de fragilité à leurs personnages, tout en évitant de tomber dans la caricature. Le tout se tient et procure des émotions bien différentes de ce qu’on a l’habitude de vivre dans le cinéma populaire québécois souvent un peu trop formaté. Le cinéaste a su démontrer son talent pour la construction d’univers particuliers et commence à imposer sa signature dans le paysage de notre cinéma national.
L’objet est donc esthétique, avec plein de trouvailles visuelles et sonores, mais aussi révélateur de certains traits et d’un certain mode de vie québécois. L’œuvre aborde certains thèmes pertinents de notre époque : la communication, la solitude, la famille éclatée et l’identité. Le miroir qui nous est offert est parfois empreint d’une certaine gravité, mais l’humour omniprésent permet le plus souvent de désamorcer ce qui pourrait devenir, à la limite, pathétique. Parce qu’on s’amuse beaucoup de nos travers.
Comme pour le film précédent du cinéaste, Continental (un film sans fusil), le rythme peut paraître lent pour certains spectateurs si on ne se prête pas au jeu de l’interaction avec l’œuvre. Si on participe, on gagnera beaucoup à saisir différents clins d’œil. D’ailleurs, c’est bien amusant d’observer cette idée de créer de l’intrigue en annonçant, à différents moments dans le film, quelques accidents qui se produiront. Évidemment, il n’est pas question de « vendre le punch », mais bien perspicace sera celui qui saura si « l’homme du futur » qui apparaît au milieu du film pour annoncer la mort d’un personnage important avait raison.