Perception
Pour son dernier film, le cinéaste Lucas Belvaux s’est inspiré de l’affaire Empain, l’histoire de ce riche homme d’affaires enlevé en 1978 et qui fut gardé en captivité durant deux mois. Interpréter le réel d’une histoire pareille est un exercice qui peut être dangereux parce que la tentation est grande de vouloir reconstituer fidèlement les événements (les exemples ne manquent pas dans l’actualité cinématographique) ou encore de mythifier le drame vécu. Dans l’écriture de ce récit, le cinéaste fait plutôt le choix de prendre quelques distances et de recréer toute la complexité d’une telle situation en offrant du polar et du drame policier pour le grand public, mais surtout une étude de mœurs qui vient répondre à des questionnements moraux liés à notre rapport au pouvoir et à la médiatisation d’un événement semblable.
C’est ici que le film se détache des autres films tirés de faits vécus. Plutôt que de chercher à faire vivre, à l’écran, les émotions des participants, la mise en scène est froide et semble presque dénuée d’empathie. Le spectateur est témoin et observateur. Cette distance permet, par ailleurs, d’insuffler une possibilité de réflexion qui va au-delà du drame et de l’action et qui devrait découler de tels sujets exprimés au cinéma. En cela, le personnage principal, qui se trouve séquestré, devient le détonateur d’explosions en série qui permettent de voir les implications qu’a le drame dans les différentes sphères qu’il occupe. On explorera les retombées dans les relations familiale, sociétale, de pouvoir, etc.
Le travail de la caméra et le montage opèrent de manière à donner au film rythme et efficacité. Souvent, les différentes atmosphères créées sont très soignées et précises pour accorder une grande part au réalisme. Le récit, d’ailleurs, ne perd pas de temps avec des péripéties ou des actions que l’on disposerait de manière stratégique et régulière sur toute la longueur du film. Par exemple, on remarquera que rapidement le héros est enlevé, que le doigt coupé comme preuve est envoyé et que l’enquête est amorcée. Rapidement on comprendra que le sujet du film se trouve ailleurs et qu’il ne sera pas dans le sordide ou le pathos. Il y a bien une bonne part de psychologie dans ce film, mais ce n’est jamais pour projeter des sentiments inutiles chez le spectateur. C’est en partie là que se trouve la grandeur de ce film.
Pourquoi Rapt au Ciné-club?
Parce qu’au-delà d’une histoire qui pourrait être porteuse de plusieurs péripéties, le film dresse un portrait-robot fort sur les failles de l’homme et d’une époque carburant trop souvent à la sensation et à l’argent. C’est donc un film aux multiples facettes, qui nous fait rencontrer un cinéaste sensible et intelligent. On voudra aussi voir le film pour la magnifique performance d’acteur de Yvan Attal qui a perdu 20 kilos pour arriver à incarner le personnage principal du film.