Au moment d’écrire ces lignes, nous ne savons toujours pas si le procès d’Omar Khadr reprendra, si le prisonnier sera rapatrié (ce que Stephen Harper refuse toujours) ou s’il terminera de purger sa peine en sol canadien. Il reste que ce film tombe à point dans l’actualité puisque le sujet nourrit constamment les médias. Sortant le 29 octobre prochain, le film sera vu à Montréal en même temps que chez nous.
Comme pour une majorité de documentaires, Patricio Henriquez et Luc Côté ne cachent pas leur position à propos des événements. Ils ne sont pas soumis à un point de vue objectif. Le film n’est pas non plus un pamphlet « à la Michael Moore » où l’information serait dirigée d’une manière peu orthodoxe. C’est plutôt un document d’une franche réalité qui, au contraire de ce qu’indique le titre du film (une réplique d’Omar Kadhr lors de son interrogatoire filmé), tente de faire ressortir certaines aberrations autour de la situation.
Patricio Henriquez n’en est pas à son premier film avec un sujet chaud. Il s’est déjà intéressé à la question de la Palestine et a remporté plusieurs prix avec son film percutant 11 septembre 1973, les derniers jours de Salvador Allende, portant sur le coup d’état au Chili, son pays d’origine. Son dernier film, Sous la cagoule, portait sur la torture et les détentions arbitraires de l’après 11 septembre 2001 par l’armée américaine.
La manière utilisée pour réaliser Vous n’aimez pas la vérité est fort intéressante. Quiconque s’intéresse au mode filmique du documentaire reconnaît qu’il puisse être un cousin du reportage, mais qu’il ne se construit pas de la même façon. De manière générale, il faut considérer le documentaire comme un médium qui emprunte ses codes au cinéma tandis que le reportage se veut un plus proche parent de la télévision. Ici, avec Vous n’aimez pas la vérité, il y a quelque chose de particulier qui apparaît dans la forme : la caméra principale n’appartient plus à une ou l’autre de ces approches, mais plutôt à celle de la caméra de surveillance. Les cinéastes ont structuré le film en quatre parties (Espoir, Rupture, Chantage, Échec) avec une alternance entre les spécialistes interviewés et la caméra témoin de l’interrogatoire entre Omar Khadr et les agents du Service canadien du renseignement de sécurité. L’esthétique est brute et frontale. Sans aucune reconstitution, le film offre la possibilité de rendre compte de la gravité de la situation par le témoignage indirect de cet ex-enfant soldat.
Le coeur du projet des cinéastes, au-delà de la question éthique que suppose tout le débat, est d’examiner l’état psychologique du jeune Khadr (maintenant âgé de 24 ans) et d’examiner le regard que portent certains experts et des proches sur la question. Le témoignage d’un psychiatre qui a fréquenté le détenu à Guantánamo est particulièrement éclairant sur sa condition psychologique. Les discours d’anciens détenus sont fort éloquents aussi. Le film devrait mieux permettre au public de se positionner qu’avec les seules bribes d’informations transmises par les médias traditionnels. Et il devrait aussi toucher le spectateur.
Pourquoi Vous n’aimez pas la vérité au Ciné-club?
Parce qu’on croit à l’importance d’un documentaire chaque saison et que celui-ci est plus que pertinent.
Sans dire que l’esthétique est révolutionnaire, le travail des cinéastes est rigoureux et la sélection des extraits d’entretiens avec Omar Kadhr, montés dans un écran parfois fragmenté, nous permet de porter un regard juste et complexe de la situation.