Cinéma
Pour ceux et celles qui fréquentent le ciné-club depuis un certain temps, vous aurez peut-être remarqué que nous commençons souvent nos saisons avec un film qui n’a pas trop dérangé, assez consensuel, même parfois grand public. Encore une fois, nous sommes fidèles à notre habitude pour présenter, à l’hiver 2010, une programmation forte en émotions.
Avec ce dernier film, Pedro Aldmodóvar signe encore une fois une œuvre qui vient faire presque l’unanimité. La marque du maître est toujours très reconnaissable : couleurs flamboyantes, récit complexe, des thèmes récurrents (homosexualité, cinéma, amour impossible, etc.) et de beaux rôles pour des actrices étincelantes.
Il porte à nouveau à l’écran Penelope Cruz qui est en voie de devenir sa nouvelle actrice fétiche depuis Volver. Plus que jamais les clins d’œil au cinéma sont au rendez-vous puisque tout le scénario tourne autour du 7e art. Le cinéaste en profite d’ailleurs pour se citer lui-même à quelques reprises.
Étreintes brisées est peut-être son film le plus mature en ce sens, puisqu’il réussit à placer une bonne partie de ses thèmes fétiches, qu’il n’a jamais été autant en équilibre entre sa manière de faire audacieuse et un certain classicisme, et qu’il témoigne comme jamais de son amour pour le cinéma.
Ce n’est pas le premier à le faire, mais il en met plein la vue avec cette histoire de scénariste aveugle qui doit composer avec des vieilles histoires d’une vie à œuvrer dans le cinéma et qui refont maintenant surface. Almodóvar est à nouveau très ingénieux avec ses procédés narratifs. Tout en racontant cette histoire d’amour à travers les souvenirs du personnage principal (récit construit sur de nombreux «flashbacks»), il se sert aussi de la réalisation d’un film dans le film et d’un document «making-of» du film dans le film pour dénouer les différentes intrigues. Le tout donne lieu à plusieurs scènes fines et drôles.
Le procédé peut sembler inutilement complexe, mais, dans sa manière d’être créé, il ne fait que renforcir l’hommage au cinéma, la reconnaissance d’œuvres importantes (voir les nombreuses citations) et l’impact qu’il peut avoir sur les masses. Le film est construit sur une mise en abyme intelligente qui va au-delà du simple procédé narratif. L’œuvre possède en elle-même un témoignage de la beauté, de la grandeur et de l’importance du cinéma.
C’est un film jouissif, touchant, drôle, passionné et intelligent. Bref, beaucoup de choses dans lesquelles une grande majorité de spectateurs y trouvera son compte. |