Sacré
Bernard Émond se défend de faire des films qui feraient la promotion d’un retour à la religion catholique. Par contre, anthropologue de formation, il s’intéresse beaucoup à la culture québécoise et observe qu’une part d’elle s’est coupée de ses traditions. Pour ce non-croyant, certaines vertus doivent être réaffirmées et c’est ce qu’il fait à travers ses derniers films.
Son cinéma est austère pour en laisser apparaître le sens délicatement et ainsi se débarrasser de tout ce qui pourrait entraver cette quête de l’auteur pour la simplicité et la rigueur esthétique. Dans ce dernier film on retrouve beaucoup de visages, des figures, dont certaines de ces images composées peuvent même rappeler des icones. La mise en scène est dessinée froidement mais, malgré la présence de la mort qui rode, les sentiments que projettent les personnages font du bien. On pourrait avoir l’impression que les acteurs ont été empêchés de jouer, que l’on a exigé énormément de retenu, si on compare avec les «standards» de jeu qu’on retrouve dans nos productions courantes qui cherchent à obtenir le plus de réalisme ou de vraisemblance. L’expression de la parole paraît récitée, comme si on avait éliminé quelques tonalités, ce qui donne souvent au jeu une plus grande profondeur à propos de ce qu’on souhaite vouloir exprimer à travers les états psychologiques de ses personnages.
Toujours dans ce même esprit contemplatif, le film se présente avec une belle lenteur. Chaque geste est posé, déposé dans le cadre, le plus souvent fixe où l’option du champ contrechamp est éliminée. On unit les individus dans cet espace commun. Ce qui compte c’est le lien créé et cette possibilité qu’un humain puisse en aider un autre de manière désintéressée. Le film communique avec délicatesse des valeurs que le cinéaste craint de voir disparaître.
Il a campé son film à Normétal, dans le nord du Québec, ce qui lui permet d’intégrer un certain nombre de préoccupations. La place faite aux régions au Québec, le chômage et l’économie transformée, les difficultés vécues par les jeunes, la population vieillissante, la perte de liens sociaux… Nous sommes dans une représentation de la réalité et ce cinéma ne cherche pas à s’y coller, mais à se servir de la métaphore du lieu pour arriver à exprimer ce qu’il a à exprimer.
En cinéaste québécois il inscrit son film dans le territoire. En choisissant l’Abitibi, il poursuit une tradition. De nombreux films documentaires ou de fiction ont été tournés dans cette région, de Perrault à Carle jusqu’à tout récemment Au pays des colons de Denys Desjardins ou Je me souviens d’André Forcier.
Oui le ciel d’automne est lourd dans ce film; le cinéma ne resplendit pas toujours dans l’efficacité et dans le rêve. Bernard Émond n’a pas oublié que l’art pouvait exister comme véhicule substitutif de l’Église pour le sens du sacré. Son cinéma peut déranger dans sa manière hors-norme de nous être présenté, mais la portée de son discours esthétique et moral ne peut être nié. Lorsqu’on est porté à douter qu’il n’existe plus de nobles voix pour porter le cinéma (québécois), en voici une qui fait du bien à l’âme. |