Quatrième long-métrage du réalisateur qui place à nouveau un personnage de femme au centre de son récit. Cette fois, il pousse l’audace encore d’un cran en racontant le parcours difficile d’une femme battue par son mari. Sujet risqué. Le film peut tomber dans la maladresse pathétique de mauvais goût ou s’enfoncer dans le mélodrame lourd ayant comme unique vertu d’offrir un document dénonciateur et de sensibilisation sociétale. Ici, on est vraiment ailleurs.
Évidemment, le film ne minimise pas la gravité de telles situations malheureuses et encore présentes de nos jours. Avec un sujet aussi délicat, François Delisle a opté pour une histoire toute en nuance avec des atmosphères lumineuses plutôt que d’en faire le récit d’événements détaillés et d’approfondir la psychologie des personnages par des conventions classiques comme des dialogues constants. Nous n’en saurons donc pas beaucoup sur les personnages qui se dévoilent plus par leurs relations et leur errance existentielle. En ce sens, on peut dire que le film suit une approche plutôt moderne de notre cinéma en ne cherchant pas à tout dire, mais en laissant au cinéma la possibilité d’exprimer ce qui vaut la peine d’être exprimé. Par ailleurs, et dans un tout autre registre, c’est un peu le procédé d’un certain nombre de nouveaux cinéastes dont Maxime Giroux (Demain) et Stéphane Lafleur (Continental).
L’esthétique du film doit beaucoup à la direction photo de Mathieu Laverdière, très sensible, qui ajoute aux lieux et à l’ambiance une touche mystérieuse avec des images au graphisme très inspiré. Les tonalités des intérieurs sont justes et les espaces filmés dans la nature ont quelque chose de très enveloppant.
Après La Donation, Je me Souviens ou Au pays des colons, vus au Ciné-club, c’est à nouveau l’Abitibi-Témiscamingue qui est ici le cadre de l’action. En plus des décors et du rythme proposé, quelques clins d’œil sont faits à la culture de la région. Une place est faite aux Amérindiens et on a droit à un passage au Rodéo du camion de Notre-Dame-du-Nord… Ce n’est pas le propos du film, mais ces éléments sont bien intégrés.
Pourquoi 2 fois une femme au Ciné-club?
Parce que c’est le type de film qui ne profite pas d’une grande couverture médiatique et qui, compte tenu de sa qualité, mérite une plus grande diffusion.
Pour les atmosphères délicates.
Pour le jeu exceptionnel d’Évelyne Rompré.
Un autre des très bons films québécois des derniers mois.